
GUD Connection: le réseau
Le Groupe Union Défense a formé une génération entière de cadres de l'extrême droite française. Cartographie de leurs trajectoires.
Groupe Union Défense a formé une génération de cadres de l'extrême droite française. Dissous plusieurs fois, le groupuscule reste actif via ses réseaux — politiques, médiatiques et financiers — au cœur du Rassemblement National.
Origines et idéologie
Le Groupe Union Défense naît en 1968 à Paris X Nanterre. Dans les années 1980–90, sous la direction de Frédéric Chatillon, le groupuscule opère un virage idéologique : l'ennemi n'est plus le communisme mais « l'impérialisme yankee et l'impérialisme sioniste ». Ses militants se revendiquent nationalistes-révolutionnaires, ni droite ni gauche, et affichent une fascination assumée pour les régimes fascistes et la division Charlemagne.
C'est à la faculté d'Assas que se nouent les liens avec Marine Le Pen, alors étudiante en droit. En 1991, Frédéric Chatillon prend la tête du GUD avec Jildaz Mahé O'Chinal et Axel Loustau, et l'ouvre à des skinheads et supporters ultras comme Olivier Duguet.
Le Front national de la jeunesse, branche jeunesse du Front National, devient un allié naturel. C'est Samuel Maréchal, beau-frère de Marine Le Pen et directeur du FNJ de 1992 à 1999, qui pousse l'alliance en intégrant des militants GUD dans l'appareil — dont Jildaz Mahé O'Chinal, bras droit de Chatillon.
En 1994, lors d'une manifestation contre le débarquement en Normandie, Sébastien Deyzieu, militant de l'Œuvre française, tombe d'un toit en fuyant la police et meurt deux jours plus tard. Le GUD, le FNJ et les Jeunesses nationalistes révolutionnaires créent le Comité du 9-Mai pour commémorer sa mort — rendez-vous annuel de l'extrême droite radicale qui perdure jusqu'à aujourd'hui. Marine Le Pen défend en appel les militants condamnés.
À Lyon, le GUD donne naissance au Bastion social en 2017, fondé par Steven Bissuel sur le modèle néofasciste italien de CasaPound. Jordan Bardella, futur président du Rassemblement National, fut en 2017–2018 le compagnon de la fille de Frédéric Chatillon.
Trajectoires
- 1968
Fondation
Créé à Paris X Nanterre comme syndicat étudiant nationaliste.
- 1988
Chatillon rejoint le GUD
Étudiant à Jussieu, il quitte l'UNI pour le GUD et commence à fréquenter la cafétéria d'Assas.
- 1991
Chatillon prend la tête du GUD
Avec Loustau et Mahé O'Chinal, il dirige le groupuscule. Les RG le signalent comme activiste violent, notant ses contacts avec Serge Ayoub et sa présence au procès Faurisson.
- 1994
Mort de Deyzieu et création du C9M
Lors d'une manif contre le débarquement, Sébastien Deyzieu tombe d'un toit en fuyant la police et meurt deux jours plus tard. Le GUD, le FNJ et les JNR créent le Comité du 9-Mai. Marine Le Pen défend en appel les militants condamnés.
- 2011
Chatillon prend la main sur la communication du FN
Riwal centralise toute la propagande électorale. Loustau devient trésorier du microparti Jeanne.
- 2013
Dissolution définitive
Dissolution administrative. Les réseaux et les affaires perdurent.
- 2014
Création d'e-Politic + exil à Rome
Chatillon, Loustau et Martin créent e-Politic. Chatillon s'exile à Rome et noue des liens avec CasaPound. Mahé O'Chinal ouvre le Carré français à Rome.
- 2017
Bastion social
Steven Bissuel (GUD Lyon) crée Bastion social sur le modèle de CasaPound. e-Politic encaisse 890 000€ sur la campagne présidentielle. Loustau dirige la cellule financière de la campagne.
- 2020
Condamnation Chatillon
Condamné pour escroquerie, abus de biens sociaux et blanchiment dans l'affaire du financement des campagnes 2012 du FN.
- 2023
Prise de distances forcée
Loustau et Duguet défilent à la manif néofasciste du C9M. Mediapart les identifie. Le Pen et Bardella sont contraints de se distancier publiquement. Chatillon et Loustau sortent de l'actionnariat d'e-Politic — l'agence reste aux mains de leur ami Martin, au même QG rue des Vignes (XVIe).
- 2024
Toujours présents
Trois sociétés du réseau captent 323 261€ au PE lors du seul second semestre 2024. Gabriel Loustau, fils d'Axel, défile en tête de cortège au C9M.
Le réseau business
Reconvertis en chefs d'entreprise, Frédéric Chatillon et Axel Loustau bâtissent un réseau de sociétés prestataires du Rassemblement National. La société Riwal, fondée par Chatillon, centralise d'abord toute la propagande électorale du FN à partir de 2011.
En 2014, avec leur ami Paul-Alexandre Martin, ils créent e-Politic, qui devient le prestataire communication numéro un du parti — réseaux sociaux, newsletters, campagnes numériques. Entre 2019 et 2023, e-Politic et Unanime — société d'impression dont Chatillon est le gérant de fait via son épouse Sighild Blanc et sa holding italienne Edda — captent plus de 3 millions d'euros de fonds publics européens via le groupe RN au Parlement européen.
Christophe Boucher, autre ancien du GUD, fonde Citadelle, prestataire vidéo du RN au PE, et cofonde avec Chatillon la Revue Sentinel en 2003. L'imprimeur Jean-Philippe Tauran, PDG d'Imprimatur / Roto Presse du Centre, complète le dispositif comme sous-traitant historique du parti, avec Chatillon comme intermédiaire.
Financement public
Les sociétés de la GUD connection ont capté plus de 3 millions d'euros entre 2019 et 2023 via le groupe Rassemblement National au Parlement européen. Au second semestre 2024, trois sociétés du réseau totalisent encore 323 261€ de contrats.
La connexion italienne
À partir de 2014, Frédéric Chatillon s'exile à Rome après sa mise en examen. Il y fonde Riwal Italia, filiale italienne de son agence, avec Jildaz Mahé O'Chinal qui en signe les statuts. Mahé O'Chinal ouvre de son côté Le Carré français, espace gastronomique de 600m² au cœur de Rome, avec un investissement de départ d'1,5 million d'euros.
Paul-Alexandre Martin, repreneur d'e-Politic en France, crée en parallèle Squadra Digitale à Rome en 2017, domiciliée à l'adresse historique de l'ancien parti néofasciste MSI.
Ces anciens du GUD nouent des liens étroits avec CasaPound, mouvement néofasciste italien de référence pour l'extrême droite radicale européenne. Steven Bissuel, chef du GUD Lyon, multiplie les voyages en Italie et s'inspire directement de CasaPound pour créer le Bastion social en France en 2017.
Le réseau GUD connexion sur la cartographie
Suivez les liens documentés entre groupuscules, médias et personnalités de l'extrême droite.
Sources & références
- [1]La GUD connection dans les coulisses du RN (dossier) — Mediapart, Marine Turchi
- [2]Le RN a permis à la GUD connection de toucher plus de 3 millions d'euros au Parlement européen — Mediapart, Marine Turchi (1er juillet 2024)
- [3]La GUD connection poursuit son business avec le RN au Parlement européen — Mediapart, Marine Turchi (30 juin 2025)
- [4]Aux origines de la manifestation néofasciste de Paris — Mediapart, Marine Turchi (10 mai 2024)
- [5]Les deux anciens trésoriers de Marine Le Pen présents à la manifestation néofasciste à Paris — Mediapart, Marine Turchi (7 mai 2023)
- [6]Condamné pour escroquerie, Frédéric Chatillon reste derrière la communication de Marine Le Pen — Mediapart, Marine Turchi (15 mars 2023)
- [7]Bastion social : les secrets du nouveau GUD — Mediapart, Marine Turchi et Matthieu Suc (5 juin 2018)
- [8]La GUD connexion toujours présente dans les coulisses de la campagne de Marine Le Pen — Le Monde (28 janvier 2022)
- [9]Dans l'agence de com préférée du RN, un monteur pronazi et une fille de gudard — Les Jours (23 février 2026)
- [10]Le RN va continuer à travailler avec e-Politic malgré la controverse — France Inter (8 juin 2023)
- [11]Chatillon et Loustau, ces associés qui rediabolisent Le Pen — Le JDD, Marie-Christine Tabet (26 mars 2017)
- [12]Affaire Jeanne — financement illégal des campagnes FN 2012 — Wikipédia
- [13]Facs, agressions, néonazis : le retour du GUD, des Zouaves et du C9M — StreetPress