
Périclès : l’infrastructure politique de Pierre-Édouard Stérin
Un milliardaire exilé fiscal, un plan sur dix ans, une réserve de mille cadres et une guérilla judiciaire. Anatomie du dispositif métapolitique de Pierre-Édouard Stérin.
Il ne se présente à aucune élection, ne dirige aucun parti et vit en Belgique depuis quatorze ans. Pierre-Édouard Stérin est pourtant devenu, en deux ans, le financeur le plus scruté de la recomposition des droites françaises. Son dispositif ne ressemble à rien de ce que la France avait connu : une chaîne complète — formation de candidats, réserve de cadres, médias, contentieux stratégique, réseaux idéologiques, implantation locale — pensée pour construire, en dehors des partis, une infrastructure politique parallèle.
Lui parle de « métapolitique ». Une commission d’enquête du Sénat y a vu, en juillet 2026, « un cache-sexe pour faire de la politique derrière un paravent philanthropique ».
- Automne 2023
Conception de Périclès
Un résumé exécutif d’une vingtaine de pages circule en interne.
- 18 juillet 2024
Révélation publique
L’Humanité publie le document. Mediapart, Le Monde et le JDD confirment.
- Mai 2025
Trois refus de comparaître
Stérin ne se présente pas devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale.
- Mars 2026
Municipales
Le RN progresse dans les villes moyennes mais ne conquiert qu’une seule grande ville. Aucun décompte d’élus liés à Périclès n’est établi.
- 4 juin 2026
Audition au Sénat
Première comparution parlementaire de Stérin, en visioconférence.
- 15 juillet 2026
Rapport du Sénat
32 recommandations adoptées à l’unanimité sur la transparence des financements privés.
Partie 1 — L’homme et le dispositif
Qui est Pierre-Édouard Stérin ?
Né à Évreux en 1974, fils d’un expert-comptable et d’une employée de banque, Stérin lance Smartbox en 2003 avec 5 000 euros prêtés par ses parents. Devant les sénateurs, en juin 2026, il résume lui-même la trajectoire : ces 5 000 euros sont devenus « un peu plus d’1,4 milliard d’euros ».
Sa holding Otium Capital, fondée en 2009, revendique environ 1,7 milliard d’euros d’actifs au 30 juin 2025 et plus de 130 participations — TheFork, Payfit, Owkin, Doctrine, le Biarritz Olympique, le nucléaire Alfeor.
Il est exilé fiscal en Belgique, à Lasne, depuis 2012, au lendemain de l’élection de François Hollande. Il l’assume sans détour devant le Sénat : « Depuis 15 ans, j’économise entre 100 000 et 200 000 euros d’impôt par an en vivant en Belgique plutôt qu’en vivant en France. » Et de préciser : « François Hollande n’aimait pas les riches et moi je n’aime pas les socialo-communistes. »
Catholique traditionaliste, signataire en 2018 de l’appel « Changer par le don », il annonce vouloir déshériter ses cinq enfants pour consacrer sa fortune au « redressement de la France et à la promotion du Christ ». Mediapart documentait en juillet 2025 ses positions natalistes : faire « plus de bébés de souche européenne baptisés ».
Périclès : anatomie d’un dispositif
La structure juridique
L’acronyme dit le programme : Patriotes, Enracinés, Résistants, Identitaires, Chrétiens, Libéraux, Européens, Souverainistes. Trois objectifs affichés dans le document interne : « victoire idéologique, victoire électorale, victoire politique ». Budget annoncé : environ 150 millions d’euros sur dix ans, financés par Otium — un objectif, pas une somme déjà versée : le seul montant confirmé sous serment est « trois à quatre millions d’euros » par an, selon son directeur.
D’abord logé dans le Fonds du bien commun, Périclès en est détaché en 2024 — explicitement, selon le document, « pour protéger le Fonds du bien commun de répercussions légales ou réputationnelles ». Il repose depuis sur Graal Holding, société belge distincte de la holding historique de Stérin, elle-même chapeautant Altiora Holding (financement des sociétés du groupe) et Participations et investissements rive droite (PIRD), le bras armé du projet en France. L’association Forum Liberté Prospérité, éditrice du site periclesfrance.org, est dirigée par Arnaud Rérolle à la même adresse que PIRD.
Aux commandes : Stérin, François Durvye, directeur général d’Otium, et Alban du Rostu, directeur général du Fonds du bien commun. À l’opérationnel, Arnaud Rérolle dirige le projet depuis novembre 2023, entouré notamment de Marguerite Frison-Roche, passée par l’équipe de campagne d’Éric Zemmour.
La cartographie du soutien
Une infographie de L’Humanité a cartographié plus largement les structures qui gravitent autour de Périclès — think tanks, médias, associations, cercles patronaux — organisées par thème : immigration, contre-information, lobbying juridique, libéralisme économique. Le budget y est donné à « 20 millions d’euros par an », un chiffre proche mais distinct des « 150 millions sur dix ans » plus souvent cité.
Sur le volet contentieux, le Cercle Droit et Liberté organise des dîners-débats réunissant Jean Martinez, Thibault Mercier et Thibault de Montbrial — dont le think tank, le Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, est également cité comme financé par Périclès. Sur le volet médiatique, L’Incorrect, lancé par des proches de Marion Maréchal, compte parmi ses actionnaires Laurent Meeschaert, devenu conseiller d’Éric Zemmour en 2023. Côté libéralisme économique, l'IREF (Institut de recherches économiques et fiscales) apparaît dans cette cartographie aux côtés de Jacques Garello et Nicolas Lecaussin — sans que cela change le constat établi plus haut : aucun financement direct de Stérin vers l’IREF n’est confirmé par une source de premier plan.
Quatre chantiers
La guérilla juridique. Le Collectif Justitia, créé en mai 2023 avec l’Institut Thomas More et dirigé par l’avocat Aymeric de Lamotte, comptait seize avocats à la date du document. Objectif chiffré : « plus de 20 procédures par an » visant « l’islamisme, l’immigration, l’attaque à la liberté d’expression, la théorie du genre ». La formule du document est explicite sur la finalité : « faire changer la peur de camp ».
Les municipales. Le plan prévoyait une analyse statistique des communes de plus de 3 000 habitants pour « remporter 300 villes pour la droite et le RN » lors des municipales de mars 2026. Un objectif de 1 000 maires de petites et moyennes communes figurait au volet formation. Le bilan réel de cet objectif est détaillé plus bas.
La réserve de mille cadres. Technocrates, professionnels de la politique et experts, constitués en vivier pour occuper cabinets, structures parapubliques et haute administration en vue de 2027. Le document revendique le modèle : les équipes d’Emmanuel Macron en 2017.
L’école de formation. Sous le nom de code « Skholépolis », un dispositif de formation des futurs maires, opéré par Politicae, dont Périclès est actionnaire majoritaire.
Le document contient enfin une cartographie des relations avec les partis, graduée de « confiance et influence réelle » à « absence de relation à date ». Selon la cellule investigation de Radio France, Marine Le Pen et Jordan Bardella y figurent parmi les interlocuteurs avec lesquels « il y a déjà une relation active et une influence réelle ».
Partie 2 — L’argent
Ce que finance réellement Stérin

La galaxie Stérin s’articule autour de quatre canaux qu’il faut distinguer : Otium Capital, la holding d’investissement à visée de plus-value ; Odyssée Holding, les participations dans les médias et réseaux sociaux ; le Fonds du bien commun, versant culturel et religieux ; Périclès, le versant directement politique. Point commun documenté par l’Observatoire des multinationales : le Fonds du bien commun comme Périclès sont abondés non par des dons mais par des prêts consentis par d’autres sociétés du groupe — une pratique inhabituelle pour de la philanthropie, jugée opaque par la commission d’enquête sénatoriale.
Aucun total exhaustif et vérifié de l’ensemble des sommes engagées par Stérin, toutes structures confondues, n’est public. Le seul chiffre agrégé sourcé reste celui donné sous serment par Arnaud Rérolle : environ une centaine de projets financés depuis 2023, pour des dons allant « de 5 000 euros à une centaine de milliers d’euros ».
Le cas Frontières. Le média Frontières, fondé par Erik Tegnér, appartient à la même galaxie idéologique et a fait l’objet d’une enquête de Libération en septembre 2024. Aucune source consultée n'établit de lien financier direct entre Stérin et Frontières — Frontières compte toutefois parmi les clients de Data Realis Conseil, le cabinet de données électorales financé par Périclès, une relation commerciale indirecte à ne pas confondre avec les participations directes confirmées comme Valeurs actuelles ou Marmeladz.
Ce que Périclès revendique lui-même. Le site periclesfrance.org liste, sur une page « Nous les avons soutenus », les projets qu'il dit avoir accompagnés « opérationnellement (conseil, accompagnement) ou financièrement (don, investissement) » — sans préciser, entité par entité, laquelle des deux formes de soutien s'applique. Y figurent notamment Terre de France, la marque « patriote » qui sponsorise Papacito et Valek, et Éclats de femme, l'association de Claire Geronimi (dont la fondatrice a par ailleurs interviewé la présidente du Collectif Némésis dans son podcast). C'est une revendication de première main, plus solide qu'une simple proximité idéologique, mais qui ne permet pas de distinguer soutien financier et accompagnement non financier pour ces deux structures précises. Progressif Media, agence de communication proche de Vincent Bolloré, cofinance de son côté le projet Pitch my church aux côtés du Fonds du bien commun et a coorganisé un événement avec Périclès en juin 2025 — une collaboration documentée par ailleurs, pas seulement autorevendiquée.
Le Canon français. Fondée en 2021 par deux amis trentenaires, Géraud de la Tour et Pierre-Alexandre de Boisse, pour soutenir un vigneron de Touraine, cette société organise désormais trois à quatre banquets « festifs » par mois dans toute la France — repas copieux, chants populaires, ambiance revendiquée comme apolitique. Stérin y a investi en 2024, via Odyssée Impact. Depuis, chaque nouvelle date déclenche des tensions locales : élus de gauche et collectifs antifascistes dénoncent des « saluts nazis » et des chants d’extrême droite lors de certains événements. En Bretagne, un premier lieu prévu près de Rennes a été annulé par son propriétaire face à la mobilisation d’habitants ; l’événement a été relocalisé au château de Blossac, où des élus ont demandé au préfet d’en interdire la tenue. Des controverses similaires ont éclaté à Périgueux et dans le Sud-Ouest.
Une « hécatombe de financements » depuis 2025
Libération a révélé, le 23 septembre 2025, une vague d’arrêts de versements : « les virements n’arrivent plus, ou très en retard », selon plusieurs porteurs de projets ayant vu leur financement stoppé net. Arnaud Rérolle a répondu qu’il n’y avait « rien d’anormal », le soutien étant conditionné à l’atteinte d’objectifs. Libération relie ce phénomène aux difficultés de trésorerie d’Otium Capital, dont la dette dépasserait 400 millions d’euros. L’Observatoire des multinationales nuance : ce niveau d’endettement « ne paraît pas excessif par rapport aux capitaux propres » du groupe, mais pointe une fragilité de fond — une baisse des effectifs de plus de 30 % chez Smartbox, la « machine à cash » historique de l’empire Stérin.
Otium a formellement démenti fin novembre 2025, affirmant un « recours mesuré à la dette » et un modèle « solide ». La Lettre a pourtant révélé, quelques semaines plus tard, un emprunt supplémentaire de 100 millions d’euros contracté auprès de la banque américaine Jefferies. Autre détail révélateur : au cours de l’été 2025, Stérin a transféré 98 % des parts qu’il détenait dans B.A.D. 21 (sa holding historique) vers une nouvelle structure baptisée Lemahieu Holding — du nom de Thomas Lemahieu, le journaliste de L’Humanité qui avait révélé l’existence de Périclès.
Partie 3 — Face à la justice et au Parlement

Deux enquêtes judiciaires
Le parquet de Marseille enquête sur le financement illégal de campagnes du RN aux municipales de 2020 et aux régionales de 2021, enquête élargie depuis à Nice, Lyon et plusieurs régions. Stérin y a été entendu le 11 juin 2024 sous le régime de suspect libre. Les qualifications retenues : exercice illégal de la profession de banquier et blanchiment, pour des prêts totalisant environ 1,8 million d’euros. Une source judiciaire citée par Le Monde résume le soupçon : « les prêteurs officiellement enregistrés dans les comptes de campagne de plusieurs candidats ne seraient en réalité que des faux nez de Pierre-Édouard Stérin ».
Une enquête parallèle du parquet de Paris porte sur les campagnes du RN de 2022 et 2024, avec perquisition au siège du parti le 9 juillet 2025. Le nom de Stérin y apparaît.
Il conteste. Ses équipes, auprès de Politico : « M. Pierre-Édouard Stérin n’a jamais participé, directement ou indirectement, à un quelconque financement illégal de campagne. Les prêts en question, effectués à titre personnel, ont été structurés par un conseiller expert […] et ont été déclarés. »
À cela s’ajoute un troisième volet. Convoqué les 23 avril, 14 mai et 20 mai 2025 par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur l’organisation des élections, présidée par Thomas Cazenave, Stérin ne s’est pas présenté. Le refus de comparaître est passible de deux ans d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende. Une enquête a été ouverte par le parquet de Paris et il a été entendu par la police judiciaire en novembre 2025. Arnaud Rérolle, lui, avait été auditionné le 6 mai 2025.
Le Sénat enquête
Le 4 juin 2026, Stérin comparaît enfin — en visioconférence, une heure trente — devant la commission d’enquête du Sénat sur les mécanismes de financement des politiques publiques par des organismes privés, présidée par Sonia de La Provôté et rapportée par Colombe Brossel, après 66 auditions.
Il s’y définit « à droite de l’extrême droite » sur l’immigration, se disant favorable à « la remigration des étrangers délinquants, sans papiers ou au chômage depuis plus de douze mois », et « à l’extrême gauche de l’extrême droite » sur l’économie. Il martèle sa ligne de défense : Périclès « n’est pas un projet politique, c’est un projet métapolitique ».
Le rapport, adopté le 7 juillet et présenté le 15 juillet 2026, formule 32 recommandations à l’unanimité : cartographie nationale des fondations et fonds de dotation, pôles préfectoraux de contrôle pouvant aller jusqu’à la dissolution, transparence renforcée dans l’éducation, formation des élus locaux aux stratégies d’influence.
Colombe Brossel ne s’embarrasse pas de nuances : « Totalement inorganisé, l’État laisse des écosystèmes de financement opaques prospérer. » Et sur l’argument métapolitique : « un cache-sexe pour faire de la politique derrière un paravent philanthropique ». Sonia de La Provôté décrit Stérin comme « l’arbre qui cache la forêt ». Tracfin, entendu par la commission, aurait qualifié les montages de « schtroumpfage » — la fragmentation des flux financiers.
Partie 4 — Le bilan des municipales de mars 2026

Le scrutin s’est tenu les 15 et 22 mars 2026, avec 57,10 % de participation au premier tour. Le RN et ses alliés ont conquis une soixantaine de mairies au total — contre une quinzaine en 2020 — mais une seule très grande ville est tombée à l’extrême droite : Nice, remportée par Éric Ciotti (UDR). À Marseille, Benoît Payan (union de la gauche) est réélu face au RN, qui décroche néanmoins deux secteurs. Paris reste à gauche, Lyon aux Écologistes. La progression du RN se concentre sur les villes moyennes et le péri-urbain.
Sur le volet spécifiquement lié à Périclès, aucun bilan chiffré n’existe. Auditionné au Sénat le 21 mai 2026, le cofondateur de Politicae, Raphaël Cognet, l’a admis sans détour : « Nous ne sommes pas en mesure de vous dire parmi ceux qui se sont rendus sur notre site combien ont été élus. » Les chiffres qui circulent — Stérin évoque « au moins 4 000 candidats » formés dans une interview au New York Times, la rapporteure Brossel parle plutôt de 400 — désignent des candidats formés, jamais des élus.
Nice, laboratoire de la sphère Stérin
Nulle part les satellites de Stérin ne se sont autant mobilisés qu’à Nice, où Éric Ciotti (UDR) affrontait le maire sortant Christian Estrosi. L’Observatoire Hexagone, que Périclès revendique comme l’un de ses cinq projets les plus soutenus dès 2024, a commandé trois sondages à l’institut OpinionWay — filiale médias du groupe LVMH de Bernard Arnault. L’un, réalisé à Nice du 16 au 21 février 2026, a été publié le 1er mars dans Le JDD (propriété de Vincent Bolloré) sous le titre « Ciotti donné large vainqueur contre Estrosi » ; un autre plaçait Sarah Knafo en arbitre du duel parisien Dati/Grégoire. Un troisième sondage, commandé pour Le Havre — ville d’Édouard Philippe, dont un maire Horizons dirige par ailleurs Politicae malgré une ligne politique différente — n’a cette fois été diffusé que sur les réseaux sociaux, sans partenariat presse.
Sur la liste Ciotti figurait aussi, en 54e position, l’avocate Clémence Viré, secrétaire générale de la Ligue des libertés — association de contentieux stratégique lancée en février 2026, présidée par Guilhem Carayon (numéro deux de l’UDR) et adossée à des figures comme l’avocat Thibault de Montbrial (dont le think tank est financé par Périclès) et Louis Cailliez, avocat personnel de Stérin. La Ligue prolonge le volet « guérilla juridique » déjà porté par le Collectif Justitia, avec un objectif inchangé depuis le document de 2023 : « plus de vingt procédures par an ».
Némésis et la mobilisation de terrain
Nice n'était pas le seul terrain. Le Collectif Némésis — déjà identifié comme financé par Périclès sans que le montant ait jamais été communiqué — a lui aussi été actif pendant la campagne, mais à l'échelle nationale. Plusieurs de ses cadres — dont Anaïs Maréchal, belle-sœur de Marion Maréchal — ont lancé l'opération « Nicolas qui vote » : une carte du « risque de victoire de la gauche » accompagnée de visuels ciblant Nantes, Strasbourg, Liévin, Vitrolles ou Roubaix, et d'une mise en relation de militants pour le tractage local. Selon StreetPress, Némésis a fait appel pour cette carte au créateur du site « Où va ma France », qui répertorie mosquées et centres d'accueil pour migrants et fait l'objet d'une plainte de SOS Racisme.
Partie 5 — Les connexions internationales
À lire aussiLes patriotes européens, made in USAD’Elon Musk à J.D. Vance, retour sur dix-neuf mois de soutiens publics américains en faveur de Marine Le Pen et de ses alliés européens.Le fil Heritage Foundation / Atlas Network

Le lien entre Périclès et la Heritage Foundation existe, mais il est d’une nature précise : celle de l’inspiration et du contact, non du financement.
Trois éléments l’établissent. D’abord une filiation idéologique documentée — Alexandre Pesey a rédigé sa thèse sur la Heritage Foundation et aurait présenté l’institution à Stérin. Ensuite une mise en relation via le réseau Atlas. Enfin une rencontre : fin mai 2025, Pesey organise la première venue en France de Kevin Roberts, président de Heritage, trois jours au Cercle de l’Union interalliée. Roberts y rencontre Marion Maréchal, Éric Ciotti, Éric Zemmour, Sarah Knafo — ainsi que François Durvye et Arnaud Rérolle, selon Bon Pote.
Le réseau Atlas — 589 partenaires dans 103 pays, fondé en 1981 par Antony Fisher — a fait l’objet d’un rapport de 58 pages de l’Observatoire des multinationales en mai 2024. Cinq structures françaises y sont partenaires, dont l’Institut de Formation Politique, créé en 2004 par Pesey. L’IFP a formé Marion Maréchal, le député RN Aleksandar Nikolic, Arthur Perrier — chef de cabinet de Jordan Bardella — et des cadres du Collectif Némésis. Le lien Stérin-IFP est réel : l’institut est cité comme partenaire de formation dans le document Périclès, et le Fonds du bien commun finance l’ILDJ qui lui est rattaché. Il ne s’agit pas pour autant d’une structure détenue par Stérin.
Financer l’extrême droite : un jeu aux règles différentes
Stérin n’est pas un cas isolé — plusieurs grands fortunés financent aujourd’hui les droites radicales en Europe et aux États-Unis. Ce qui change d’un pays à l’autre, ce sont les règles du jeu : la loi française interdit le financement direct et massif d’un parti par un particulier, ce qui pousse un financeur à passer par des médias, des associations et des structures de formation plutôt que par un chèque de campagne. Aux États-Unis, à l’inverse, un super PAC permet de financer une candidature à visage découvert, à hauteur de dizaines de millions de dollars.
Peter Thiel illustre ce second modèle : environ 15 millions de dollars versés à la campagne sénatoriale de J.D. Vance dans l’Ohio en 2022, via le super PAC Protect Ohio Values — le plus gros montant jamais donné à un candidat unique au Sénat américain, selon Forbes. Il avait auparavant embauché Vance, soutenu son fonds Narya Capital, organisé sa rencontre avec Trump à Mar-a-Lago.
Ce qui reste établi, c’est que Stérin n’agit pas seul à l’échelle du continent. La comparaison ne permet en revanche pas d’identifier, dans les cas examinés, un dispositif reproduisant à l’identique l’infrastructure Périclès.
Synthèse : la galaxie Stérin
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Les questions qui restent
Trois questions restent sans réponse plutôt que d'être artificiellement comblées.
- Où en est la procédure parisienne ouverte pour refus de comparaître, au-delà de novembre 2025 ?
- Existe-t-il un lien financier entre Stérin et l'IREF, souvent cité dans son orbite idéologique ?
- Combien de financements échappent-ils encore à ce recensement, au-delà de la profusion de structures déjà documentées ici ?
Reste l’essentiel, qui n’a rien d’incertain : Périclès s’est donné pour objectif de former une réserve de mille cadres et de contribuer à la conquête de trois cents communes. Il l’a écrit noir sur blanc — et un an après les municipales qu’il visait, personne, pas même ses propres équipes, n’est en mesure de dire s’il a atteint son but.
Sources & références
- [1]Projet Périclès: le document qui dit tout du plan de Pierre-Édouard Stérin pour installer le RN au pouvoir — L’Humanité, Thomas Lemahieu (2024-07-19)
- [2]Le plan « Périclès » : des millions pour l’extrême droite et une victoire du RN — Mediapart, Karl Laske (2024-07-19)
- [3]Publication du résumé exécutif du projet Périclès — L’Humanité (2024-07-18)
- [4]Périclès : la « Station F » de la droite — Le JDD, Jules Torres (2024-07-18)
- [5]Plan « Périclès » : ce que l’on sait du projet du milliardaire catholique Pierre-Edouard Stérin — franceinfo (2024-07-21)
- [6]Périclès, Smartbox, ingénierie financière, nouveaux investissements… Les secrets de l’empire Stérin — Observatoire des multinationales (2026-02-05)
- [7]Enquête sur le financement du Fonds du bien commun — Observatoire des multinationales, Olivier Blamangin et Olivier Petitjean (2025-09-25)
- [8]Le réseau Atlas, la France et l’extrême-droitisation des esprits — Observatoire des multinationales, Anne-Sophie Simpere (2024-05-22)
- [9]Enquête sur les tensions de trésorerie d’Otium Capital et la « hécatombe » de financements Périclès — Libération (2025-09-23)
- [10]Comment le milliardaire Stérin soutient l’obstruction climatique en France — Bon Pote (2026-01-20)
- [11]« Nous n’avons pas le moindre objectif en ce qui concerne les élections », assure le directeur de Périclès — Public Sénat (2026-05-28)
- [12]Audition de Pierre-Edouard Stérin : « Nous n’avons pas obtenu de réponses sur la transparence de ses financements » — Public Sénat (2026-06-04)
- [13]« Galaxie Stérin » : le Sénat formule 32 préconisations pour renforcer la transparence des financements privés — Public Sénat (2026-07-15)
- [14]Opacité, influence et dérives : le rapport cinglant d’une commission du Sénat sur le financement privé des politiques de l’État — Basta! (2026-07-15)
- [15]Élections municipales françaises de 2026 — Wikipédia (recoupement) (2026-03-22)
- [16]Bilan des municipales pour le RN et ses alliés — Basta! (2026-03-23)
- [17]« Je n’aime pas les socialo-communistes » : ce milliardaire français assume son exil fiscal en Belgique — 7sur7 (2026-06-05)
- [18]Comptes rendus n° 36 et 39, commission d’enquête sur l’organisation des élections — Assemblée nationale (2025-05-06)
- [19]« Nous les avons soutenus » — liste des projets accompagnés — Périclès (site officiel) (2026-08)
- [20]Polémique autour des banquets du Canon français et de leur investisseur Pierre-Edouard Stérin — France 3 Bretagne (2025-11-04)
- [21]Enquête sur le financement du film Compostelle par Wonder Films — Radio France, cellule investigation (2026-06-18)
- [22]Municipales : les satellites du milliardaire Stérin ont investi la campagne — Mediapart, Youmni Kezzouf et Antton Rouget (2026-03-13)
- [23]« The Next Wave » : comment les financements anti-genre ont explosé — Gendercover, Rozenn Le Carboulec (2025-07-04)
- [24]Le système Stérin — Observatoire des multinationales, Olivier Blamangin et Olivier Petitjean (2025-09-24)
- [25]Périclès, Smartbox, ingénierie financière, nouveaux investissements... Les secrets de l’empire Stérin — Observatoire des multinationales, Olivier Blamangin et Olivier Petitjean (2026-02-05)
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